Premier Crime
Automne-Hiver 2018/2019
Défilé du 3 juillet 2018

En quête d’un style qui permet à celles qui l’adoptent d’exprimer au mieux leurs émotions, Julien Fournié signe son « Premier Crime » Haute Couture avec 33 looks à l’élégance strictement raffinée en s’inspirant des égéries des maîtres du suspense (Agatha Christie, Alfred Hitchcock, Paul Verhoeven). Mais comment un « profiler » analyserait-il les motivations de ce « serial killer » dont l’esthétique fait mouche ? D’abord, il constaterait les drapés sculptants, découvrirait les découpes, noterait les bustes ajustés au scalpel. Il enquêterait sur les secrets des manches qui galbent les bras, examinerait les tailles sanglées, les basques qui accompagnent le mouvement. Il consignerait les vertigineuses asymétries créées par les incrustations et les drapés en biais. Un fourreau tailladé par une découpe sur le côté de la poitrine l’intriguerait.

L’arme favorite de Julien Fournié reste la coupe qui structure le vêtement et assure pudeur et allure. Les cuirs précieux (pécari pour l’ampleur, cuir de renne pour le toucher et la noblesse) se prêtent aussi bien aux robes qu’aux pantalons. Les croqueuses de diamants que le couturier français habille se permettent tout : par exemple, le total look panthère qui s’imprime sur le cuir dans une robe comme sur les accessoires assortis. C’est dans un maintien retrouvé que les inconditionnelles de Julien Fournié affrontent leurs propres enjeux avec des armes qui n’appartiennent qu’à elles. En les conduisant, à sublimer leurs pulsions dans une palette rubis ou bleu canard, qui fait ailleurs la part belle aux tons fauves, le couturier les entraîne dans une épure de mohair, de drap de soie, de mousseline qui ne souffre ni médiocrité, ni complaisance. A l’instar de l’incroyable robe noire hérissée de plumes qui ouvre le défilé, chaque pièce rend hommage au discret travail de la main de l’atelier maison et des artisans d’art. Ici, les broderies se font volontiers au fil pour dévorer les sequins, les brillances se recouvrent d’un voile, les jacquards suggèrent une collaboration particulière avec les meilleurs tisseurs.

Mais à quoi le couturier cherche-t-il à tordre le cou ? D’abord à la négligence de soi et d’autrui, affirment ses clientes, à l’impossible « vite fait, bien fait » confient ses collaborateurs, à l’insupportable tape-à-l’oeil, avouent ses amis. « Le suspense est comme une femme » disait Alfred Hitchcock.  » Plus il laisse d’espace à l’imagination, plus il attire. » Julien Fournié l’a bien compris.

Premier Éveil
Printemps-Été 2018
Défilé du 23 janvier 2018

Julien Fournié compose un vestiaire en compagnie des héroïnes asiatiques qui peuplent son imaginaire. Qu’elles soient personnages d’anime, impératrices, épouses, danseuses, protagonistes des films de Zhang Yimou, de Chen Kaïge ou des romans de Yasunari Kawabata, leur retenue signe leur élégance.

Dans des lignes résolument 1950, le minutieux travail d’aiguille du couturier français mixe à de nobles étoffes unies, des jacquards anciens adoptés, inspirés ou réinterprétés à partir du patrimoine textile de l’Extrême-Orient. Dans des trompe-l’oeil de robes qui flottent au-dessus du sol s’incrustent tour à tour les traces du kimono japonais, les empreintes du hanfu chinois ou du qi-pao mandchou. La Haute Couture joue ici avec les codes pour mieux les transcender en osant le pois sur un serre-taille de tradition asiatique, en ornant de tuyaux d’orgue un fourreau « cheongsam », en ajoutant à une basque les reliefs d’un obi, en brodant sur une robe quelques glycines recréées dans le même tissu, façon véritable origami de geisha. La palette s’interdit le noir et favorise les tons poudrés, les dégradés du bambou et les brillances rosées, voire le reflet de la laque. Les transparences des tulles et des dentelles privilégient les superpositions et tamisent délibérément les brillances pour davantage de pudeur. Le drap de soie s’impose et sculpte les corps dans des coupes près du buste dont les emmanchures font la part belle aux secrets de la Haute Couture. Le cuir s’immisce ici ou là pour acérer la taille ou fuseler la jambe.

Chaussées de salomés à multi-brides en kaléidoscope de cuirs aux couleurs de la saison, les mannequins s’élancent sur un rythme soutenu. Maquillage, coiffure, lumière, musique confirment le caractère futuriste de cette esthétique. Tempes étirées, cheveux plaqués au plus près du crâne signent l’éveil de ces femmes à une nouvelle conscience. Comme ces interprètes de Butô, de Nô ou de Kabuki qui, après leur spectacle dans leur loge, éveillent leur personne sous des traits plus vulnérables, révélant davantage de compassion.

C’est à cet éveil-là que convoque Julien Fournié : celui d’une esthétique propre qui mêle les meilleurs secrets hérités de la Haute Couture parisienne à d’autres savoirfaire artisanaux reconnus et identifiés, sans craindre de les associer aux technologies numériques. Loin de tout caractère ethnique ou identitaire, pour constamment réinventer l’esprit même de la Haute Couture, Julien Fournié fait rimer tradition avec innovation pour exprimer une nouvelle conscience cosmopolite.

PREMIER ORACLE
Automne-Hiver 2017/2018
Défilé du 4 juillet 2017
Julien Fournié rend hommage aux femmes de destin qui sont ses clientes. Loin de toute tendance, à mille lieues de la vulgarité des tenues des « red carpets », ces femmes de pouvoir s’inscrivent en authentiques icônes de mode. C’est à l’intention de ces muses que le couturier propose des ensembles aux coupes acérées qui redressent les corps pour définir la nouvelle élégance de la Haute Couture de toujours dans une expression d’aujourd’hui avec quelques accents délicatement gothiques.
Sa palette de couleurs (« nude », noir et or) se décline dans des matières choisies : mohair, jersey, dentelles et la faille de soie que Julien Fournié utilise pour la première fois dans sa maison. Si seules les manches trois quarts permettent d’apercevoir la peau nue, l’épiderme est ailleurs parfois voilé d’un tulle chair sur tout le corps, brodé de sequins noirs, ou orné d’une dentelle dans un décolleté géométrique. Pourtant lci la féminité est partout sensuellement célébrée, y compris dans les pièces dépourvues de décolleté et de transparences. C’est d’abord dans la silhouette près du corps que la sensualité est suggérée, reproduisant le geste du morphing sur le haut, avec des emmanchures kimonos qui permettent de sculpter le buste tandis qu’ampleurs, volants et quilles se réservent le droit, à partir des hanches, de rythmer la démarche de celles qui porteront ces pièces d’exception.
On retrouve cette même rigueur et ce même mouvement dans les manteaux et trench-coats, tandis que les brillances des tissus brodés se réservent souvent aux fonds de robes portés en-dessous des longs déshabillés aux transparences étudiées.
Les jacquards exclusifs de la saison se parent d’or, dans des motifs de lotus géométrisés, ou se réclament du tachisme des années 1940, tout comme cette grande robe de taffetas noir rebrodé de sequins or. Ailleurs, toujours dans les tons or, ce sont des épingles à nourrice qui semblent maintenir le bustier à la Charles James d’une spectaculaire robe en faille de soie nude.
Avec les épaules presque toujours couvertes, les tenues affectionnent les drapés noués souvent fixés par des réinterprétations maison de bijoux anciens en marcassite, onyx et argent massif
Les cheveux courts soulignent le regard comme les plumes posées sur les paupières. Ici et là, c’est une couronne de plumes qui barre le visage, comme le trait de crayon du couturier pour rapporter sur les mannequins le geste de ses illustrations de mode mystéroeuses.
Aux pieds de ces dames, la Salomé règne en maîtresse quasi absolue rehaussée d’un patin discret. Déclinée la plupart du temps en « nude », elle s’illumine parfois, sur toute la surface du talon signature de la maison d’un cuir or blanchi. On note que les longueurs semblent faire flotter les robes longues à quelques centimètres au-dessus du sol comme pour laisser entrevoir la volupté en paraphrasant ces vers d’Alfred de Musset ;
« Quand on voit le pied, la jambe se devine.
Et tout le monde sait qu’elle a le pied charmant. »
La mariée arbore un ample manteau de cour en faille « nude » sur un fourreau en dentelle ivoire aux empiècements géométrisés pour mieux marquer les courbes de son corps. Sans aucun voile, elle n’ôtera la couronne de plumes qui masque son regard que pour embrasser celui avec lequel elle s’apprête à sceller son destin.

PREMIÈRE CINÉTIQUE
Printemps-Été 2017
Défilé du 24 janvier 2017

Julien Fournié s’inspire de l’art cinétique et des travaux de ses maîtres dans les années 1960. Le nouveau « membre permanent » du cercle restreint de la Haute Couture rythme son dialogue entre 2D et 3D de formes mi-géométriques, mi-physiologiques qu’il utilise aussi bien dans l’architecture des pièces qu’il propose que dans les motifs graphiques qui les embellissent.

Sa célébration cadencée du mouvement appréhende le corps comme une sculpture en marche et l’accompagne de volumes épurés, aux coupes et aux montages élaborés. Julien Fournié induit dans son répertoire vestimentaire une liberté accrue pour les corps. Les longueurs raccourcissent, davantage de peau se dévoile dans une collection qui découvre les épaules, sculpte les bustes, élance les jambes. La palette de couleurs franches fait vibrer côte à côte le citron, le blanc optique, l’orange, le fuchsia, le menthol dans les imprimés et jacquards exclusifs de la saison.

Dentelles et résilles en blanc optique ou en noir absolu donnent du relief et de la profondeur aux imprimés qu’elles emballent dans les propositions de prêt-à-porter de la Maison.
Un tissu comme un tweed laqué a effet déchiqueté réinterprète le tailleur.
Le lamé s’incruste dans le bleu nuit pour faire entrer l’allure jeans dans l’ultra-luxe.
Les shorts près du corps soulignent le galbe des jambes,
Les chemisiers « cerf-volant » se jouent des longueurs.
Le jersey sert de matériau fétiche aux ensembles architecturés qui géométrisent les silhouettes.

Les robes-bustiers ont la part belle : leurs ampleurs s’évasent des hanches à mi-mollet pour se parer d’abord de broderies en « drippings » à la Jackson Pollock, elles enflent dans le jacquard à motifs à la Alexander Calder, s’épanouissent dans les rayures bayadères…
Une jupe en triple organza noir reprend cette forme et se pare d’une nouvelle broderie développée en partenariat avec Synia, grâce à la technique du « doming ».
Un voile de mousseline dégradée danse autour d’un fourreau, les rayures optiques à la Jesus Rafaèl Soto se parent de sequins « surprise », une guipure adopte les couleurs franches de la saison et se découpe en 3D pour faire cascader les fleurs.

Aux désormais classiques sandales et escarpins à compensé Julien Fournié conçus grâce aux solutions 3D du FashionLab de Dassault Systèmes, s’ajoutent des salomés, réinterprétées dans les trois couleurs phares de la saison.
A l’instar des broderies « cinétiques », les colliers volumineux et les tiares se découpent dans l’altuglas cristal, le noir laqué ou le blanc optique pour se jouer, à la Raymond Moretti, de la géométrie dans l’espace et ajouter au caractère graphique de la collection, jusqu’à la mariée futuriste.

PREMIÈRE LUMIÈRE
Automne-Hiver 2016/2017
Défilé du 5 juillet 2016

Le compte à rebours est lancé. La planète terre fait partie de l’univers fini et s’éteindra bientôt. Julien Fournié explore les galaxies et l ‘astrophysique pour y dénicher un chemin d’espoir, éloigné de tout cynisme. « Première Lumière » est le titre de la collection automne-hiver 2016-2017 du couturier français, comme un écho contemporain au surnom de Paris, Ville des Lumières, comme une perspective éclairée concernant la seule valeur qui pourrait transcender l’espace-temps : l’amour.

Dans notre espace tridimensionnel où l’égoïsme des êtres humains fait rage, on se barde de noirceur, de carapaces et de sang sous une voute céleste pourtant infiniment fascinante. La rigueur architecturée des manteaux est contrebalancée par la féminité de bijoux fondus évoquant les signes des temps. Le couturier appelle au fil de son défilé à une fondamentalisation de l’élégance et, de manière de plus en plus essentialisée, met le corps en lumière grâce à une déclinaison des techniques du « contouring ».

Parures et broderies jouent un rôle essentiel dans cette démarche : d’abord scintillantes sur un nouveau broché exclusif pour évoquer les chatoiements des nébuleuses, ensuite tamisées par un voile évoquant la « matière noire », elles deviennent stalactites de cristal grenat dans une mise en gravitation de formes organiques. Elles finissent par jouer la carte de la discrétion sur des camaïeux de « nude » pour accentuer le morphing des corps.

Les matières sont nobles :
– En triple organza de soie ou en organdi de coton, voire en cuir affiné à l’extrême, les chemisiers intègrent les soufflets des uniformes de l’espace et s’incrustent de manchettes autour de poignets volantés ou de flèches dans les cols asymétriques.
– En dentelle Sophie Hallette aux motifs ésotériques ou dans les brocarts exclusifs réalisés en collaboration avec la maison Sfate & Combier, les femmes osent incruster leur jupe longue ou la doublure de leur manteau de mohair.
– En mousseline, georgette ou jersey de soie, les coupes sont soulignées d’assemblages anatomiques.

Tout appelle ici à rechercher une quatrième dimension. Julien Fournié, co-fondateur du FashionLab de Dassault Systèmes, appelle au développement de la recherche d’outils du futur sans berner à propos de nouveaux gadgets technologiques :

« La Haute Couture doit continuer d’être à la mode ce que la physique quantique est à l’astronomie » dit-il.
« C’est à dire permettre l’entrée dans une autre dimension grâce à une révolution conceptuelle. »

Julien Fournié
PREMIERE NUIT

Julien Fournié s’inspire du cinéma fantastique de la première moitié du XXème siècle pour réinventer cette saison la magie de la Couture parisienne.

Fasciné par l’étrange et l’illusion des films de Karl Freund ou de Marcel L’Herbier (comme respectivement « Les mains d’Orlac » ou « La nuit fantastique »), le couturier français dessine des personnages de femmes dont le mystère rehausse la force.

« J’ai aussi lu une édition de la correspondance entre les sœurs Mitford  « Letters between Six Sisters », confie le jeune couturier. « J’ai été fasciné par l’indépendance de pensée de ces femmes du monde, complices malgré leurs points de vue politiques opposés et lerus relations tumultuesues, mais toujours prêtes à briller ensemble en société par leur élégance merveilleuse, même dans des époques troubles. »

Carrures contenues mettant en valeur un port de tête altier, tailles marquées, hanches légèrement arrondies, dos jouant de découpes et de transparences, les silhouettes de Julien

Fournié se taillent cette saison dans une collection qui fait chanter les noirs. Les brillances du velours gris, tous les éclats de l’émeraude, la profondeur du rubis resplendissent dans la « Première Nuit » de Julien Fournié.

Dans cet univers d’illusions, les manches se prolongent comme des gants qui recouvrent la main jusqu’à l’articulation du pouce, le tulle « nude » voile à peine la peau dans une ensorcelante stratégie de charme.

La moire omniprésente se substitue souvent au velours ou au vinyle craquelé en un tour de passe passe à l’arrière des premiers smokings. Les silhouettes qui ouvrent le défilé révèlent la collection de prêt-à-porter de la saison disponible en magasin dès le lendemain (notamment au Printemps à Paris). L’univers de la magie est évoqué dans ces quinze premiers passages, notamment à travers des capes intégrées à l’arrière d’une gabardine et d’une petite robe grise, dans une redingote avec trompe-l’œil de gilet intégré, dans les vestes à queue-de-pie amovible, dans deux jumpsuits aux fabuleuses incrustations de dentelle ou de brochés reliefés

L’imprimé de la saison évoque une ville Art Déco qui se découpe en noir sur un ciel prune.

Julien Fournié y taille un tunique, une longue jupe portefeuille et un ample chemisier à lavallière qu’il décline également dans un broché léger noir et argent.

Les vingt passages suivants relèvent de la précise féérie de la Couture parisienne. Le velours

se brode de sequins ton sur ton aux éclats retenus. Certain décolleté de forme « diamant » se pare de motifs géométriques Art Déco. Le travail entrepris en collaboration avec Sophie Halette renouvelle l’utilisation des embellissements sur la dentelle en ajoutant de la profondeur à la vulnérabilité grâce à un travail en trois dimensions.

Drapé en jersey de soie fuchsia à dos asymétrique, bustiers scintillants s’évasant en corolle, robe de mousseline ou de jersey ajouré, fourreau à capuche bi-matière et velours brodé, sculpture textile à bouquet de plantes carnivores enchantent jusqu’à la robe finale en vinyle craquelé noir au volume époustouflant.

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