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Première Plénitude
Printemps Été 2019
Défilé du mardi 22 janvier 2019
 
 
En plein Atlantique, à la jointure de trois plaques tectoniques, les paysages lunaires de l’île de Lanzarote inspirent Julien Fournié. Entre désert et tropique, sirocco et alizés, algues prodigieuses et lichens volcaniques, le couturier français valide les choix radicaux de la nature opérés sur une île devenue réserve de la biosphère.
Les minéraux – sombres coulées de basaltes, lumineux sables fins rapportés du Sahara par le vent – constituent la base de la palette de couleurs, rehaussée d’un vert cactus, d’un rose bougainvillier et du bleu d’un firmament saturé qui se reflète dans le bassin aménagé au creux d’une grotte à ciel ouvert.
Stimulé par les chemins empruntés par l’artiste-architecte César Manrique pour célébrer une action créative en harmonie avec l’écosystème, Julien Fournié livre une collection réalisée avec des tissus exclusivement composés de fibres naturelles. Tout respire le bien-être, l’harmonie et l’estime de soi retrouvés.
La sensualité du drap de soie, l’effleurement des mousselines, le mystère d’une moire en dégradés géologiques de gris se soulignent de drapés asymétriques, de plissés rectilignes, pour marquer les courbes et caresser ou encadrer la peau nue. Épaules, buste et taille galbés, les ampleurs se déploient à partir des hanches dans des longueurs qui laissent apparaître la cheville… où s’accroche la bride des salomés signature de la Maison.
Les cuirs précieux – anguille, renne, python – ajoutent à la volupté de l’ensemble. Attaches et métalleries sanglent parfois le cou, harnachent les épaules et la poitrine, ceignent la taille. Cactus stupéfiants et algues chlorophytes se brodent en luxueux embellissements. La légèreté d’une georgette de soie s’envole dans une robe foulard, blanchie comme à la chaux et parée de l’imprimé dessiné par Julien Fournié pour évoquer l’île aux volcans, ses couleurs fortes, ses singuliers palmiers.
Il règne sur le podium un air de fête décontractée, telle que César Manrique ou Omar Sharif en organisaient dans les années 1960 pour leurs amis venus d’Hollywood, qu’ils recevaient en villégiature exceptionnelle dans les incroyables suites de cavernes aménagées qui leur servaient de demeures.
En alliant énergie tellurique, atmosphère estivale et chic, « Première Plénitude » propose un vestiaire propice à choyer, tonifier, vivifier un été 2019 en phase avec soi-même et les forces de l’environnement biophysique.

PREMIER CRIME
Automne-Hiver 2018/2019
Défilé du 3 juillet 2018
 
 
En quête d’un style qui permet à celles qui l’adoptent d’exprimer au mieux leurs émotions, Julien Fournié signe son « Premier Crime » Haute Couture avec 33 looks à l’élégance strictement raffinée en s’inspirant des égéries des maîtres du suspense (Agatha Christie, Alfred Hitchcock, Paul Verhoeven). Mais comment un « profiler » analyserait-il les motivations de ce « serial killer » dont l’esthétique fait mouche ? D’abord, il constaterait les drapés sculptants, découvrirait les découpes, noterait les bustes ajustés au scalpel. Il enquêterait sur les secrets des manches qui galbent les bras, examinerait les tailles sanglées, les basques qui accompagnent le mouvement. Il consignerait les vertigineuses asymétries créées par les incrustations et les drapés en biais. Un fourreau tailladé par une découpe sur le côté de la poitrine l’intriguerait. L’arme favorite de Julien Fournié reste la coupe qui structure le vêtement et assure pudeur et allure. Les cuirs précieux (pécari pour l’ampleur, cuir de renne pour le toucher et la noblesse) se prêtent aussi bien aux robes qu’aux pantalons. Les croqueuses de diamants que le couturier français habille se permettent tout : par exemple, le total look panthère qui s’imprime sur le cuir dans une robe comme sur les accessoires assortis. C’est dans un maintien retrouvé que les inconditionnelles de Julien Fournié affrontent leurs propres enjeux avec des armes qui n’appartiennent qu’à elles. En les conduisant, à sublimer leurs pulsions dans une palette rubis ou bleu canard, qui fait ailleurs la part belle aux tons fauves, le couturier les entraîne dans une épure de mohair, de drap de soie, de mousseline qui ne souffre ni médiocrité, ni complaisance. A l’instar de l’incroyable robe noire hérissée de plumes qui ouvre le défilé, chaque pièce rend hommage au discret travail de la main de l’atelier maison et des artisans d’art. Ici, les broderies se font volontiers au fil pour dévorer les sequins, les brillances se recouvrent d’un voile, les jacquards suggèrent une collaboration particulière avec les meilleurs tisseurs. Mais à quoi le couturier cherche-t-il à tordre le cou ? D’abord à la négligence de soi et d’autrui, affirment ses clientes, à l’impossible « vite fait, bien fait » confient ses collaborateurs, à l’insupportable tape-à-l’oeil, avouent ses amis. « Le suspense est comme une femme » disait Alfred Hitchcock.  » Plus il laisse d’espace à l’imagination, plus il attire. » Julien Fournié l’a bien compris.

PREMIER EVEIL
Printemps-Été 2018
Défilé du 23 janvier 2018
 
 
Julien Fournié compose un vestiaire en compagnie des héroïnes asiatiques qui peuplent son imaginaire. Qu’elles soient personnages d’anime, impératrices, épouses, danseuses, protagonistes des films de Zhang Yimou, de Chen Kaïge ou des romans de Yasunari Kawabata, leur retenue signe leur élégance. Dans des lignes résolument 1950, le minutieux travail d’aiguille du couturier français mixe à de nobles étoffes unies, des jacquards anciens adoptés, inspirés ou réinterprétés à partir du patrimoine textile de l’Extrême-Orient. Dans des trompe-l’oeil de robes qui flottent au-dessus du sol s’incrustent tour à tour les traces du kimono japonais, les empreintes du hanfu chinois ou du qi-pao mandchou. La Haute Couture joue ici avec les codes pour mieux les transcender en osant le pois sur un serre-taille de tradition asiatique, en ornant de tuyaux d’orgue un fourreau « cheongsam », en ajoutant à une basque les reliefs d’un obi, en brodant sur une robe quelques glycines recréées dans le même tissu, façon véritable origami de geisha. La palette s’interdit le noir et favorise les tons poudrés, les dégradés du bambou et les brillances rosées, voire le reflet de la laque. Les transparences des tulles et des dentelles privilégient les superpositions et tamisent délibérément les brillances pour davantage de pudeur. Le drap de soie s’impose et sculpte les corps dans des coupes près du buste dont les emmanchures font la part belle aux secrets de la Haute Couture. Le cuir s’immisce ici ou là pour acérer la taille ou fuseler la jambe. Chaussées de salomés à multi-brides en kaléidoscope de cuirs aux couleurs de la saison, les mannequins s’élancent sur un rythme soutenu. Maquillage, coiffure, lumière, musique confirment le caractère futuriste de cette esthétique. Tempes étirées, cheveux plaqués au plus près du crâne signent l’éveil de ces femmes à une nouvelle conscience. Comme ces interprètes de Butô, de Nô ou de Kabuki qui, après leur spectacle dans leur loge, éveillent leur personne sous des traits plus vulnérables, révélant davantage de compassion. C’est à cet éveil-là que convoque Julien Fournié : celui d’une esthétique propre qui mêle les meilleurs secrets hérités de la Haute Couture parisienne à d’autres savoirfaire artisanaux reconnus et identifiés, sans craindre de les associer aux technologies numériques. Loin de tout caractère ethnique ou identitaire, pour constamment réinventer l’esprit même de la Haute Couture, Julien Fournié fait rimer tradition avec innovation pour exprimer une nouvelle conscience cosmopolite.

PREMIER ORACLE
Automne-Hiver 2017/2018
Défilé du 4 juillet 2017
 
 
Julien Fournié rend hommage aux femmes de destin qui sont ses clientes. Loin de toute tendance, à mille lieues de la vulgarité des tenues des « red carpets », ces femmes de pouvoir s’inscrivent en authentiques icônes de mode. C’est à l’intention de ces muses que le couturier propose des ensembles aux coupes acérées qui redressent les corps pour définir la nouvelle élégance de la Haute Couture de toujours dans une expression d’aujourd’hui avec quelques accents délicatement gothiques. Sa palette de couleurs (« nude », noir et or) se décline dans des matières choisies : mohair, jersey, dentelles et la faille de soie que Julien Fournié utilise pour la première fois dans sa maison. Si seules les manches trois quarts permettent d’apercevoir la peau nue, l’épiderme est ailleurs parfois voilé d’un tulle chair sur tout le corps, brodé de sequins noirs, ou orné d’une dentelle dans un décolleté géométrique. Pourtant lci la féminité est partout sensuellement célébrée, y compris dans les pièces dépourvues de décolleté et de transparences. C’est d’abord dans la silhouette près du corps que la sensualité est suggérée, reproduisant le geste du morphing sur le haut, avec des emmanchures kimonos qui permettent de sculpter le buste tandis qu’ampleurs, volants et quilles se réservent le droit, à partir des hanches, de rythmer la démarche de celles qui porteront ces pièces d’exception. On retrouve cette même rigueur et ce même mouvement dans les manteaux et trench-coats, tandis que les brillances des tissus brodés se réservent souvent aux fonds de robes portés en-dessous des longs déshabillés aux transparences étudiées. Les jacquards exclusifs de la saison se parent d’or, dans des motifs de lotus géométrisés, ou se réclament du tachisme des années 1940, tout comme cette grande robe de taffetas noir rebrodé de sequins or. Ailleurs, toujours dans les tons or, ce sont des épingles à nourrice qui semblent maintenir le bustier à la Charles James d’une spectaculaire robe en faille de soie nude. Avec les épaules presque toujours couvertes, les tenues affectionnent les drapés noués souvent fixés par des réinterprétations maison de bijoux anciens en marcassite, onyx et argent massif Les cheveux courts soulignent le regard comme les plumes posées sur les paupières. Ici et là, c’est une couronne de plumes qui barre le visage, comme le trait de crayon du couturier pour rapporter sur les mannequins le geste de ses illustrations de mode mystérieuses. Aux pieds de ces dames, la Salomé règne en maîtresse quasi absolue rehaussée d’un patin discret. Déclinée la plupart du temps en « nude », elle s’illumine parfois, sur toute la surface du talon signature de la maison d’un cuir or blanchi. On note que les longueurs semblent faire flotter les robes longues à quelques centimètres au-dessus du sol comme pour laisser entrevoir la volupté en paraphrasant ces vers d’Alfred de Musset ; « Quand on voit le pied, la jambe se devine. Et tout le monde sait qu’elle a le pied charmant. » La mariée arbore un ample manteau de cour en faille « nude » sur un fourreau en dentelle ivoire aux empiècements géométrisés pour mieux marquer les courbes de son corps. Sans aucun voile, elle n’ôtera la couronne de plumes qui masque son regard que pour embrasser celui avec lequel elle s’apprête à sceller son destin.

Défilés parisiensJean Paul Cauvin